Pavillon Carré de Baudoin

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Une « folie » du XVIIIe siècle…

Le Pavillon Carré de Baudoin se situe à quelques centaines de mètres du Delaunay « Un jardin à Paris ». C’est une de ces « folies » du XVIIIe siècle. Une villa à l’époque entourée d’un parc, située en dehors de Paris dans ce qui était encore le village de Belleville. Il a depuis était rattrapé par l’urbanisation dans un quartier très dense. En particulier, le percement de la rue des Pyrénées a largement amputé ce qui était alors une vaste propriété.

Nicolas Carré de Beaudoin entreprit sa construction en 1771. Il fit appel à l’architecte Pierre-Louis Moreau-Desproux maître général des bâtiments de la Ville à qui l’on doit en particulier les façades du Palais Royal sur la rue Saint-Honoré.

De style néo-palladien, le pavillon possède un rez-de-chaussée surélevé. On y accède par deux escaliers latéraux, donnant sur un péristyle fermé par un garde-corps de fer forgé. Il comporte quatre colonnes ioniques monumentales, surmontées d’une puissante architrave et d’un harmonieux fronton triangulaire.

… qui devint la propriété de familles illustres…

Bien malheureusement Nicolas Carré de Beaudoin décède en 1773, date d’achèvement de sa maison. Puis son propre successeur disparait quelques années plus tard.

C’est ainsi que la propriété est vendue à Nicolas le Bas du Plessis. C’était un écuyer, lieutenant des Gardes Françaises, régiment consacré à la protection du Roi. A la Révolution Française il est condamné comme émigré. En conséquence ses biens sont confisqués et cédés à son ancien portier, le marchand Tissot. La propriété « comptait alors un grand corps de bâtiment à deux étages, une chapelle, de grands jardins avec terrasses, serres, remises, écuries pour vingt chevaux et des volières ».

Passant de mains en mains, elle arriva en la possession de Nepthalie de Courmont. Parente par son mari des Le Bas du Plessis, elle était la tante des frères Jules et Edmond de Goncourt. Enfants, il y passaient souvent les dimanche et en donnèrent cette description :

« Oh ! le lieu enchanteur, resté dans ma pensée, et que, de crainte de désenchantement, je n’ai jamais voulu revoir depuis ! La belle maison seigneuriale du XVIIIe siècle, avec son immense salle à manger, décorée de grandes natures mortes, d’espèces de fruiteries tenues par des gorgiases flamandes, aux blondes chairs, et qui étaient bien certainement des Jordaens ; la belle maison seigneuriale, avec ses trois salons aux boiseries tourmentées, avec son grand jardin à la française, où s’élevaient deux petits temples à l’Amour, et avec son potager aux treilles à l’italienne, farouchement gardé par le vieux jardinier Germain, qui vous jetait son râteau dans les reins, quand il vous surprenait à voler des raisins ; et avec son petit parc, et au bout du parc, son bois ombreux d’arbres verts, où étaient enterrés le père et la mère de ma tante, et encore avec des dédales de communs et d’écuries ».

…et désormais consacrée aux œuvres sociales et culturelles

Par la suite, les lieux abriteront un pensionnat de jeunes filles. Puis un orphelinat pour les enfants des victimes de l’épouvantable épidémie de choléra qui fit 18 000 morts à Paris en 1832. Ainsi construit-on dans les jardins un immeuble de trois étages avec une chapelle au centre pour accueillir les petits.

En 1849 est fondé « l’Asile des petits Orphelins ». C’était un orphelinat pour les enfants des deux sexes de 7 à 13 ans dirigé par la congrégation des Sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul. La Ville rachète une partie des terrains en 1864 pour le percement de la rue des Pyrénées. Néanmoins les soeurs conservent les bâtiment principaux pour continuer leurs œuvres.

Au vingtième siècle l’orphelinat devient internat scolaire de l’aide sociale à l’enfance. En 2003 la Ville de Paris rachète l’ensemble du site à la congrégation. Elle met à disposition de l’Association de Groupements Educatifs une partie des bâtiments. Le pavillon enfin rénové se transforme en lieu d’exposition et centre culturel du quartier.

En savoir plus
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris – Métro Pelleport
Site de la Mairie de Paris

Sources
  • Jacques Hillairet « Evocation du Vieux Paris – Tome III – Les Villages« , Les Editions de Minuit – Paris, 1954.
  • « Paris charitable et bienfaisant » – Office central des oeuvres de bienfaisance – Paris 1912.
  • Edmond et Jules de Goncourt « Journal des Concourt – Mémoire de la vie Littéraire » Tome IX 1892-1895 – G. Charpentier et E. Fasquelle (Paris) – Paris, 1896.